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Lucille Léorat, fondatrice de la marque Leftovers dits L/OVERS et Sister chez Band of Sisters Paris

https://www.instagram.com/leftoversditslovers/



«Pour bien percevoir une sensation ou une couleur, il faut la laisser nous envahir. »


Octobre 2020, Lucille Léorat me reçoit chez elle à Asnières : au programme interview couleurs puis déjeuner dans son si joli jardin d‘un vert profond presque émeraude… est-on vraiment si proches de Paris ? Cela fait 15 mois que j’ai envie d’écrire sur Lucille : je l’ai rencontrée en juillet 2019 lors d’un événement couleurs pour la marque Molli et le réseau féminin Band Of Sisters Paris. Le charisme de Lucille m’a sauté aux yeux. Sa gouaille aussi. Lucille est drôle : rire, garder l’œil ouvert, l’esprit curieux et son libre-arbitre en éveil sont pour elle une manière de prendre la vie au sérieux. Après des études de droit suivies d’une formation à ESMOD, Lucille est rattrapée par sa fibre créative, un atavisme familial.

Elle devient donc Directrice Artistique chez Nina Ricci puis chez Eric Bompard pendant 16 ans. En 2018, Lucille décide de lancer sa marque LeftOvers dit L/OVERS. Comme ce nom génial l’indique, elle rachète les stocks de matière première des usines et les transforme en pièces de grande qualité, tant sur le design que sur la matière. Jouer avec les contraintes déploie sa créativité. Quelle joie de la voir s’extasier sur des fils couleurs Emeraude, Mangue ou Azalée qui dormaient au fond d’une usine. Lucille leur offre enfin une vie à la hauteur de leur couleur profonde et lumineuse !

Je suis émerveillée de la voir me présenter ses trésors, de voir ses mains danser de l’un à l’autre et j’espère que cet entretien - où vous retrouverez des références à Matisse, à Géricault ou Soulages - saura retranscrire la magie de ces instants !


Et si vous avez la flemme de lire l'article, retrouvez l'interview en igTV condensée sur l'instragram de MyVestiaire





Bonjour Lucille, peux-tu te raconter en évoquant des souvenirs liés aux couleurs ?

LUCILLE

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La couleur de mes souvenirs c’est incontestablement le bleu marine. C’est la couleur des habits de mon enfance, de ceux de ma maman. J’adore la manière dont cette couleur s’associe à toutes les autres, la manière dont elle calme le jeu et permet en cela beaucoup de fantaisie. Elle est chic, elle donne bonne mine. C’est une couleur très liée à la Bretagne et à la voile… j’ai des flashs d’autres couleurs souvenirs comme la 2-chevaux jaune, le sac rayures vert émeraude de ma maman ou une robe à 3 volants en camaïeu bleu ; ma sœur avait la même en rose.

La couleur de mes souvenirs c’est incontestablement le bleu marine. Il est chic et donne bonne mine!



Comment définis-tu ton rapport au vêtement ?

LUCILLE

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J’aime les objets qui sont associés à des souvenirs et en particulier les vêtements. Ils nous racontent par leur toucher, leur odeur et ils ont un côté rassurant et cocon. J’aime les vêtements qui nous lient aux autres. Ma mère était une excellente couturière, elle savait même plisser une jupe ! Porter une de ses pièces me confère une grande confiance et de la joie. J’aime les vêtements qui durent, qui sont portés sur plusieurs saisons. Il n’y a pas de meilleur shopping que celui que je fais dans mon vestiaire et même s’il est fourni, il est par essence contraint. La contrainte oblige à imaginer, se réinventer, raconter quelque chose de nouveau.


Le meilleur shopping est celui que je fais dans mon vestiaire. La contrainte oblige à imaginer, se réinventer, raconter quelque chose de nouveau.



C’est justement ce que tu offres à tous ces fils, ces tissus que tu transformes en les rachetant aux usines à travers le monde !

LUCILLE

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Personne n’a besoin de nouveaux vêtements et pourtant peu d’entre nous peuvent se passer de la joie d’ajouter une nouvelle pièce à son vestiaire. Avec L/OVERS je peux proposer des pièces que j’ai aimé créer sans pour autant produire des pièces et des matières qui ne seront finalement jamais utilisées. La démarche c’est vraiment de fabriquer des vêtements avec ce que nous trouvons dans les usines. L’inverse de ce que l’on fait d’habitude. J’aime ce côté chasse aux trésors : que vais-je faire de ces dizaines de mètres de fils jaune vif ou rose clair ?


Personne n’a besoin de nouveaux vêtements et pourtant peu d’entre nous peuvent se passer de la joie d’ajouter une nouvelle pièce à son vestiaire. L/Overs crée avec les "leftovers" trouvés dans les usines.





Peux-tu nous montrer un exemple ?

LUCILLE

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Ce hoodie blanc et jaune mangue par exemple : je n’avais pas assez de fil blanc ni de fil jaune pour en faire une pièce monochrome. Mais c’est justement ce qui m’amuse beaucoup : la contrainte permet d’exprimer mon concept de manière joyeuse. Un autre exemple, le col roulé 18 fils en cachemire multicolore : un peu noir, un peu marine, un peu vert, un peu bordeaux. Il a eu beaucoup de succès en commande spéciale ! L’idée c’est d’apporter du charme en étant un peu astucieux et en utilisant des matières destinées à la poubelle.

La contrainte permet d’exprimer mon concept de manière joyeuse.


Qu’est-ce qui fait une belle association de couleurs ?

LUCILLE

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C’est assez personnel comme question… Moi j’aime les couleurs foncées ou les couleurs pastel ensemble : le camaïeu foncé comme celui du hoodie réversible bleu marine et noir. J’aime beaucoup chercher, regarder et trouver LE détail qui change tout et qui raconte une histoire différente.

J’aime beaucoup chercher, regarder et trouver LE détail qui change tout et qui raconte une histoire différente.

Le weekend dernier nous sommes retournés voir le Radeau de la Méduse de Géricault : nous y avons découvert une toute petite voile blanche au fond. Elle donne une lecture tout à fait différente : ils sont sauvés !



Je reviens à mes pulls : j’adore quand on me dit « ah je n’avais pas vu que les poignets étaient jaunes » ou que le dos de ce pull est rose ! Ils ont un côté multiple et versatile qui permet de raconter 1000 histoires tout en accompagnant l’histoire de la femme qui a choisi de se l’offrir.






Tu viens de lancer une ligne de foulards en soie assemblés en patchwork…

LUCILLE

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J’adore le patchwork, qui permet d’associer des pièces, des couleurs, des matières qui a priori ne vont pas toujours ensemble. Mais c’est justement cet ensemble qui révèle la beauté de chacun d’eux. Le clash. C’est amusant je trouve quand on entend « ça ne va pas du tout » : cela veut surtout dire que des règles sont bousculées. Mais encore une fois j’aime la méthode et les règles car elles permettent d’en sortir.


Le clash des matières ou des couleurs peut révéler la beauté de l'ensemble.