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Marie Robert de @philosophyissexy, philosophe, auteure, fondatrice d'ecoles Montessori



Marie Robert en bleu intense et frais pile dans sa palette !
Le vestiaire est la jonction entre l’intimité et les autres.


Marie s’étonne chaque jour, Marie rit chaque jour, Marie pense avec une grande liberté et une joie vissée au plus profond d’elle-même. Sa pierre angulaire : la philosophie. Elle s’est donnée comme mission de transmettre au plus grand nombre d’entre nous les clefs pour se raconter, développer une pensée libre et tisser le fil de notre vie. Elle a juré de casser tous nos préjugés sur la philosophie pour la faire entrer dans notre quotidien, et faire de son usage une routine.

Pour cela Marie a une multitude de casquettes - appelons les « costumes » car Marie aime également se déguiser, on y reviendra - philosophe, auteure, directrice de 3 écoles Montessori qu’elle a fondées. Avec son compte Instagram, @philosophyissexy et son podcast éponyme, elle partage avec générosité le fil de ses pensées et contribue à développer notre sensibilité en enrichisant notre rapport à l’autre, et surtout à nous-mêmes.

J’avais découvert Marie grâce au podcast de Siham Jibril, Generation XX : j’avais adoré cet entretien. Elle y partage une anecdote qui me plaît : lors de son tout premier cours à la fac de philo, elle raconte comment les talons hauts de ses bottes en cuir lui ont donné l’assurance dont elle avait besoin pour se lancer corps et âme dans ses nouveaux habits de prof de philo. Marie aime les couleurs et de fil en aiguille nous avons fini par nous rencontrer également lors d’une consultation couleurs !

Si vous suivez MyVestiaire, vous devez savoir que nous pensons fondamentalement qu’il y a une philosophie du vêtement, que l’allure est le résultat d’un cheminement introspectif, une conséquence d’une grande connaissance et d’amour de soi.

Alors qu’en pense Marie … ? Rendez-vous pris en plein confinement, chacune derrière notre écran, le courant passe et l’émotion nous gagne.







La notion de récit est importante pour toi : peut-on se raconter sans mots ?

MARIE

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Oui !! Le récit ne passe pas forcément par le langage. Se présenter au monde, être au monde, c’est décider de ce que l’on va montrer et de ce que l’on laisse raconter. A travers notre gestuelle, le timbre de la voix, les expressions du visage nous transmettons notre histoire. Même en ce moment quand nos sorties sont très limitées : ne pas abandonner le récit de soi, c’est fondamental !

Choisir ses vêtements est plus que jamais une manière de dire ou se dire « voilà ce que je veux transmettre aujourd’hui ». Ce n’est pas anodin. Mettre un pull dans lequel on se sent bien, jolie. Se raconter d’une multitude de façons, c’est la seule chose qui nous reste car on est forcé d’être dans l’acceptation de l’incertitude. Le moment où l’on choisit ce que l’on va porter s’apparente à la page blanche : qui vais-je être aujourd’hui ?


Choisir ses vêtements est plus que jamais une manière de dire ou se dire « voilà ce que je veux transmettre aujourd’hui ».



Alors que racontes-tu aujourd’hui…Comment es-tu habillée ?

MARIE

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Un chemisier rose fuchsia et un jean taille haute années 80 ! Comme beaucoup d’entre nous le confinement m’a prise par surprise. J’étais à Bordeaux où nous avons une école Montessori et nous avons décidé de nous confiner dans la maison de vacances toute proche. Heureusement j’y laisse des vêtements car ma valise était limitée. Je m’amuse à faire de nouvelles associations avec des pièces qui ont une saveur d’été et de vacances. Comme ce chemisier que je mets en général avec un short. J’aime sa couleur qui distille énergie et enthousiasme. Le vêtement permet une association d’idée et enrichit notre récit si on lâche prise. Ce chemisier me raconte l’été.

Le vêtement permet une association d’idée et enrichit notre récit si on lâche prise.


Saurais-tu te raconter en évoquant tes souvenirs vestimentaires ?

MARIE

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Dans ma famille les choses, les vêtements sont importants : on y fait attention car ils ont du sens et ils portent une mémoire. A mes anniversaires je recevais toujours deux vêtements. Pour la plupart je les ai encore ! Je chéris par exemple un jean Levi’s et une marinière Agnès B. en taille 4 ans ! Je me souviens des moments où je les portais et, en cela, ce sont deux vêtements précieux. Au collège, je voulais être grande (mon frère aîné a 11 ans de plus que moi) et je considérais le vêtement comme un moyen d’accéder à un univers d’adulte. Je piquais des vestes de ma mère. C’est resté, j’aime être en veste car j’ai un visage enfantin donc la veste me rend crédible :-).




Je me souviens de ma tenue pour tous les moments importants de ma vie : pour les moments charnière, ceux où l’on se donne corps et âme. J’aime cette poussée d’adrénaline et je prépare ces moments. La tenue a toujours eu une part importante dans mon processus de préparation et de réflexion.

Je me souviens de ma tenue pour tous les moments importants de ma vie : pour les moments charnière, ceux où l’on se donne corps et âme. J’aime cette poussée d’adrénaline et je prépare ces moments. La tenue a toujours eu une part importante dans mon processus de préparation et de réflexion.

Marie Robert on stage


Comment choisis-tu ta tenue ?

MARIE

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Je choisis au jour le jour sauf si un gros truc se présente comme je te le disais. Sinon c’est exactement comme mon post du matin. Ouvrir mon vestiaire fait partie de mes rituels. Ma routine matinale est : j’écris au lit, je publie sur @philosophieissexy, je fais mes étirements puis j’ouvre mon vestiaire et je choisis ma tenue en fonction de ce que je souhaite laisser voir de moi ce jour-là. La présentation à l’autre commence à partir du moment où je suis habillée. Le vestiaire est la jonction entre l’intimité et les autres. Le vêtement donne une perspective.

La présentation à l’autre commence à partir du moment où je suis habillée. Le vestiaire est la jonction entre l’intimité et les autres. Le vêtement donne une perspective.


On rencontre peu le vêtement en philosophie : est- ce qu’il existe une philosophie du style?

MARIE

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On est aux autres à travers des vêtements. Il est incontournable de notre rapport à l’autre. Il est une politesse, une élégance, un langage. Il est une des premières décisions de se présenter au monde. On trouve beaucoup de réflexion autour de l’élégance mais peu sur le vêtement.

Les italiens sont ceux qui ont le plus philosopher sur l’élégance, le bon goût et la mode. Dans son récit Le livre du Courtisan qui date de 1528, Baldassare Castiglione a écrit sur la « sprezzatura » : il s’agit d’une forme de désinvolture, la faculté de donner une apparence de facilité, d’aisance et de naturel. C’est vraiment le « je-ne-sais-quoi », ce qui communique en fait une cohérence entre sa vie intérieure et ce que l’on renvoie. Réussir à atteindre ce « je-ne-sais-quoi » est loin d’être futile ! C’est le fruit d’une introspection, d’un cheminement en soi.

La « sprezzatura » est une forme de désinvolture, la faculté de donner une apparence de facilité, d’aisance et de naturel. C’est vraiment le « je-ne-sais-quoi », ce qui communique une cohérence entre sa vie intérieure et ce que l’on renvoie. Réussir à atteindre ce « je-ne-sais-quoi » est loin d’être futile ! C’est le fruit d’une introspection, d’un cheminement en soi.





En quoi la philosophie du vêtement s’approche-t’elle de celle du plaisir ?

MARIE

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J’adore cette question ! La notion de plaisir est hyper importante : plaisir à regarder un vêtement, à décrypter les tendances, à admirer une coupe, à essayer, à toucher un tissu et à en ressentir la caresse sur la peau. Le vêtement permet un ancrage esthétique très fort et nourrit notre rapport à notre beauté, à l’acceptation de notre corps. Savoir utiliser tous ses sens permet un ancrage et une meilleure connaissance de soi. C’est aussi le fruit d’une forme d’éducation.

Dans nos écoles Montessori, nous mettons à disposition des enfants des boîtes à étoffes afin de relier l’enfant à sa vision, à son toucher.




J’aime l’idée qu’en Italie il y ait encore des tailleurs, que le vêtement est le fruit d’un travail, d’une réflexion, le fruit d’un savoir qui se transmet et se perpétue : tant pour les artisans que pour les clients d’ailleurs.

Le vêtement permet un ancrage esthétique très fort et nourrit notre rapport à notre beauté, à l’acceptation de notre corps. Savoir utiliser tous ses sens permet un ancrage et une meilleure connaissance de soi. C’est aussi le fruit d’une forme d’éducation.


Tailleur Italien

Se réinventer, faire un pas de côté… ce sont des notions importantes pour toi : comment fais-tu pour entrer dans tes nouveaux « habits » à chaque nouvelle aventure ?

MARIE

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J’aime l’idée de la fugue, la poussée d’adrénaline qu’impose une nouvelle manière de faire, l’infini des possibles qu’offre la page blanche. C’est vertigineux et délicieux.

J’aime également trouver d’autres possibilités avec ce que j’ai : regarder d’un œil neuf, notamment mes vêtements. Ils sont une possibilité de fugue. De se percevoir autrement, adopter un autre regard sur soi. Et cela est très lié à la notion de plaisir, pour revenir à ce que nous disions. Le déguisement en tant que possibilité de s’ouvrir à un autre regard, de permettre un décalage et un pas de côté. Platon pensait que notre cheminement vers la connaissance est un processus de dévoilement : le costume permet de se dévoiler.


Platon pensait que notre cheminement vers la connaissance est un processus de dévoilement : le costume permet de se dévoiler.

Avec nos vêtements on peut tenter plein de choses sans qu’il y ait des conséquences graves. Autorisons-nous à essayer, à se tromper, en y mettant de l’humour : vive l’élégance sans gravité, le glamour généreux ! Essayer chez soi, pour soi, pour changer un peu les choses en se racontant une nouvelle version de nous-mêmes.

Autorisons-nous à essayer, à se tromper, en y mettant de l’humour : vive l’élégance sans gravité, le glamour généreux ! Essayer chez soi, pour soi en se racontant une nouvelle version de nous-mêmes.


Quel est ton rapport au corps ?

MARIE

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Le mot « Habit » vient du latin habitus, habere qui veut dire se comporter. Passionnant, non ? On habite les vêtements avec notre corps et notre âme. Avec ce confinement on apprend à habiter son foyer, à lui donner une âme.


Le mot « Habit » vient du latin habitus, habere qui veut dire se comporter. Passionnant, non ? On habite les vêtements avec notre corps et notre âme.

Parfois je suis plus ou moins ronde, plus ou moins mince, mais pour « habiter » mes vêtements, j’essaie d’accepter mon corps, quel qu’il soit. On peut rêver d’un corps différent mais à l’instant T, il est comme il est. J’ai eu la chance d’avoir une famille qui m’a appris à me regarder, à me connaître. Je suis attentive à repérer mes fluctuations, parfois hormonales. En période de règle, je n’ai pas du tout envie de la même chose. Besoin de cocon, de douceur. Le corps est très sacralisé mais c’est bien aussi de le désacraliser. Dans tous les cas, je ne veux pas subir le vêtement, il doit me mettre en valeur et je souhaite en faire une forme d’expression libre.

C’est intéressant de transmettre ce plaisir-là dès l’enfance.

Pour « habiter » mes vêtements, j’essaie d’accepter mon corps, quel qu’il soit. Et dans tous les cas, je ne veux pas subir le vêtement, il doit me mettre en valeur et je souhaite en faire une forme d’expression libre.


C’est important le regard des autres ?

MARIE

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C’est important de maîtriser mon récit. Je n’ai pas peur du jugement de l’autre mais j’ai envie d’être considérée et que l’on comprenne mon message. Qu’on soit d’accord, qu’on aime ce message ou non, c’est autre chose. Chaque message est une proposition et c’est important que celle-ci soit entendue et considérée comme telle.

Pour en revenir au regard de l’autre, l’autre jour je pensais à ma façon de réagir en cas de surprise d’anniversaire : j’adore évidemment, mais j’aime encore plus la deviner car me pomponner pour l’autre, décider de ce que je vais leur offrir de moi me semble important !


C’est important de maîtriser mon récit. Je n’ai pas peur du jugement de l’autre mais j’ai envie d’être considérée et que l’on comprenne mon message.

:-) Donc si on te prépare une surprise, on laisse des indices !! 

Qu’as-tu pensé de la consultation couleurs MyVestiaire ? As-tu découvert et compris quelle est la palette des couleurs qui illuminent ton visage ?

MARIE

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Elle m’a fait réfléchir ! Et j’ai beaucoup aimé ! Je suis déjà assez sensible au vêtement et la consultation a permis d’affiner mon degré de conscience. J’ai effectué un gros tri de mon placard et je me suis offert 2 jolis pulls dans des tons violets. C’est très intéressant d’être dans la personnalisation de ce qui couleurs qui te met en valeur, de ce qui t’illumine.


C’est très intéressant d’être dans la personnalisation de ce qui couleurs qui te met en valeur, de ce qui t’illumine.

La réflexion entre les couleurs que l’on aime et celles qui nous vont est passionnante aussi, c’est une réflexion que je mène entre le besoin et la volonté.




Tout ce qui est apprentissage me plaît. On comprend vite la théorie mais il faut s’entraîner et pratiquer pour gagner en autonomie. Petit à petit cela nous fait du bien car effectivement mettre un pull avec une couleur qui t’illumine change ta posture ! J’ai d’ailleurs beaucoup plus qu’avant le réflexe d’approcher un pull de mon visage pour voir l’effet sur l’éclat.

Mettre un pull avec une couleur qui t’illumine change ta posture !

Une fois que tu as vraiment intimement compris que certaines couleurs te vont mieux, tu vas vers elles. Et j’adore jouer avec ma palette.

Que penses-tu de la phrase du couturier Jacques Griffe « l’élégance c’est pousser jusqu’au bout l’art d’être soi-même » ?

MARIE

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C’est infiniment ça. Tout est métaphysique. Tout ce que l’on fait devrait participer à l’épanouissement de notre être. Le vêtement peut nous agrandir, nous aider à être plus en accord et à affronter les choses différemment. La vraie quête de l’élégance, la « sprezzatura », dont nous parlions plus haut, permet une meilleure connaissance de soi. Une part de notre identité sort de notre vestiaire.


Le vêtement peut nous agrandir, nous aider à être plus en accord et à affronter les choses différemment. La vraie quête de l’élégance, la « sprezzatura », dont nous parlions plus haut, permet une meilleure connaissance de soi. Une part de notre identité sort de notre vestiaire.

Un dernier conseil très pratique à partager pour prendre soin de tes vêtements ?

MARIE

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J’adore le soin et prendre soin de mes vêtements. Je les range par catégorie sur de jolis cintres. Je range mon vestiaire comme je range ma bibliothèque. Je donne un cadre mais qui permet d’accueillir l’imprévu. J’adore l’idée que je vais les garder toute ma vie. Les vêtements qui ne sont pas de saison sont sous housse.


Je donne un cadre mais qui permet d’accueillir l’imprévu.


Tu as des cintres ou des antimites à conseiller ?

MARIE

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:-) Oui !! Ceux de Maison Empereur à Marseille : ils ne sont ni trop grands, ni trop larges, ni trop étroits. Idem pour les antimites, je les trouve aussi chez Maison Empereur sous formes de pochettes qui sentent bon.


J'ai découvert Maison Empereur grâce à Marie : la quincaillerie de rêve, une caverne d'Alibaba ! Des tas d'objets beaux et utiles, confectionnés pour durer. Ma sélection ci-dessous.


Merci Marie pour cet échange qui aurait pu durer encore longtemps : quelle joie et quelle grâce !

Propos recueillis par Sophie Ancely, Fondatrice et directrice générale de MyVestiaire