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Marie-Victoire Winckler, designer et fondatrice de la marque éponyme MV Winckler



"La couleur permet de révéler l’espace de l’objet, d’en comprendre les limites et d'en transformer la perception."


Dans une jolie cour de la rue de Grenelle, un tilleul déploie ses branches et joue avec les couleurs de ses feuilles. Tous les matins, Marie-Victoire Winckler le contemple et s’émerveille de la vie que cet arbre abrite, des oiseaux aux couleurs subtiles, et insoupçonnées à Paris, qui y ont trouvé refuge. Tous les matins, Marie-Victoire laisse infuser l’ensemble de ses sensations pour les retranscrire plus tard dans ses créations fabuleuses et mystérieuses : des vases, des appliques, des suspensions colorés qui portent bien leur nom de Totem, des paravents, des meubles. Visiter son atelier est un enchantement, l’écouter est un voyage dans des terres où l’inspiration se conjugue et s’épanouit en couleurs, en gestes et en lumière.


J’avais très envie de commencer par Marie-Victoire pour inaugurer cette série sur celles et ceux qui « travaillent la couleur »… car comme MV me le rappelle : avant de façonner la couleur, il faut la penser mais aussi la vivre. Et c’est ainsi que ses créations font vibrer.


Thibault (mon mari) et moi nous sommes offerts 2 de ses vases : observer la lumière jouer dans le verre et changer au fil de la journée et des saisons est un enchantement. Les créations de MV semblent venir de temps anciens tout en regardant vers le futur.


Allez sur son Instagram et prenez rendez-vous, Marie-Victoire expose jusqu’à mi-décembre à Paris, sous les toîts. Et en attendant, elle nous raconte ci-dessous son rapport à la couleur et à la création. Installez-vous bien pour lire car vous partez en voyage …😊







Bonjour Marie-Victoire, peux-tu te raconter en évoquant des souvenirs liés aux couleurs ?

MARIE-VICTOIRE

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Ma mère a grandi au Maroc. Mon grand-père y raffinait et y colorait de la laine. J’y ai passé tous mes étés étant enfant et mes souvenirs de petite fille sont très liés à la lumière dorée et violente qui y régnait. Mon truc c’était de me réfugier chez les artisans, dans leur atelier, et les observer : regarder leur doigts agiles - héritiers de techniques ancestrales transmises de génération en génération -transformer la matière et les couleurs. J’y voyais quelque chose de mystérieux et de très concret en même temps. J’aime bien l'idée de tout fabriquer moi-même, être en contact avec la matière, et ce depuis mon enfance.





Peux-tu décrire ton processus de création ?

MARIE-VICTOIRE

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Quand je dessine, quand je travaille la matière j’ai la sensation de danser. Je travaille souvent la nuit : je choisis la musique, elle me transmet une énergie que je vais signifier. Le geste est précis mais libre. Quand je crée, je fais beaucoup de trucs très mauvais qui ne mènent à rien, mais mes projets qui fonctionnent m'apparaissent comme des flashes, par exemple, j’ai dessiné les vases Totem en 30 secondes mais ces dessins sont le fruit de recherches et de longues observations : « tu observes la fleur pendant 3 mois et tu la dessines en 30 secondes ».

Quand je dessine, quand je travaille la matière j’ai la sensation de danser.

Je rêve énormément et la plupart de mes idées me viennent la nuit. Ce que je capte la journée est souvent inconscient et refait surface dans mes songes. Quand je n’ai pas d’inspiration il m’arrive aussi de prier. Prier c’est entrer dans une forme d’introspection qui révèle mon inconscient et mon intuition, c’est essayer de faire remonter à la surface l’ensemble de ce que j’ai laissé inconsciemment infuser.





Où trouves-tu l’inspiration ?

MARIE-VICTOIRE

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Je ne la trouve pas car je ne la cherche pas : je lui laisse de l’espace. Elle vient à moi. Je n'ai quasiment jamais ouvert une revue de design. Cependant je suis consciente de certaines de mes sources d’inspiration : la mode, l’art contemporain, la nature et beaucoup les voyages.


La nature m’émerveille : par exemple ce matin mon arbre était presque jaune et du coup il y avait des reflets jaunes partout dans l’air. Toute la cour était devenue ce jaune. Je m’imprègne de la nature, je m’en nourris et je laisse les choses venir à moi. Quand je crée des objets, j’essaie beaucoup de reproduire ce que m'inspire et me transmet la nature. Je guide mes souffleurs de verre, au Portugal, comme ça : « vois un ciel ». Je leur transmets l’énergie que j’ai reçue et à leur tour ils transmettent la leur à l’objet. Il y a une intention derrière chaque objet et une part de hasard. C’est ce qui en fait le mystère, et la singularité.

Je laisse de l'espace à la création. Elle vient à moi. Derrière chaque objet il y a une intention et une part de hasard. C'est ce qui en fait le mystère et la singularité.




Comment la mode t’inspire ?

MARIE-VICTOIRE

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Chez Marni, Miu-Miu ou Prada, j’adore les façons un peu folles d’associer les couleurs. Il y a un côté brut et joyeux. Les couleurs vibrent entre elle et l’essentiel est l’énergie qu’elles transmettent. Je porte souvent du noir, plus pour gagner du temps et de l'espace, mais j’ai parfois de gros délires avec quelques pièces très colorées, aux couleurs saturées et joyeuses. La plupart sont vintage et me viennent de ma mère ou de mes grands-mères.





Dans le podcast, « Où est le beau », tu parles de « couleur amusante », cela m’a intrigué. C’est quoi une couleur amusante ?

MARIE-VICTOIRE

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😃 je ne m’en souviens pas ! Je dirai que j’aime qu’une création, une couleur ou une association de couleurs m’intrigue. J’aime bien quand je ne sais pas trop si c’est super moche ou super beau ! Cela veut dire que cela suscite une émotion. J’ai eu cette sensation avec le vase Totem.

J’aime faire l’expérience du beau : c’est le rapport entre le regard et l’objet qui crée le beau et c’est encore une question d’énergie.

J’aime qu’une création ou une association de couleurs m’intrigue. J’aime bien quand je ne sais pas trop si c’est super moche ou super beau ! C’est le rapport entre le regard et l’objet qui crée le beau et c’est encore une question d’énergie.

Une couleur amusante j’imagine que c’est une couleur qui suscite un étonnement et qui s’expérimente… quoi de plus fascinant que de jeter plusieurs gouttes d'encre dans l'eau et observer quelles couleurs, quelle expérience en sortira. Mettre une intention et laisser le hasard faire les choses. Essayez, vous verrez !





Comment définirais-tu ton rapport à la couleur ?

MARIE-VICTOIRE

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Je peux ressentir une extase presque spirituelle par la couleur et la lumière. La couleur met en valeur les formes. Certaines couleurs mettent en valeur les autres.

Comme par exemple mes vases roses : ce ne sont pas ceux que choisissent mes clients en général mais sans ces vases roses, ils verraient moins les autres vases… J’aime la vibration qu’une couleur mise à côté d’une autre peut faire naitre. L’énergie qu’elles transmettent quand elles se font face.


J’aime la vibration qu’une couleur mise à côté d’une autre peut faire naitre.



La couleur est-elle réelle ou perceptive ?

MARIE-VICTOIRE

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C’est une question presque philosophique ! Je dirai les 2 ! La couleur permet de révéler l’espace de l’objet et d’en comprendre ses limites. Elle permet aussi de le percevoir de manière différente. Par exemple, quand j’étais chez India Madhavi, j’ai travaillé sur des paniers en osier fabriqués au Mexique : nous avons appliqué la couleur à l’intérieur du panier et non à l’extérieur. La perception en est transformée en en révélant ainsi l’architecture.

La couleur permet de révéler l’espace de l’objet, d’en comprendre ses limites et d'en transformer la perception.


L’ensemble de tes propos illustre la phrase de Matisse : « en laissant la couleur nous remuer, et toucher la profondeur de notre âme, elle nous émeut, elle nous met en mouvement, et nous fait ainsi entrer dans la joie la plus pure. Laissez la couleur venir en nous, c'est se laisser emplir par la vie.»

MARIE-VICTOIRE

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Je me sens très proche du travail de Matisse. Son énergie me traverse. Mes parents habitent juste à cote de St Paul de Vence où beaucoup d'artistes ont planché sur la couleur. Les chasubles dessinées par Matisse pour la chapelle du Rosaire de Vence, ainsi que ces exceptionnels vitraux sont une expérience quasi transcendantale de la couleur et une grande source d’inspiration !




Peux-tu nous en parler ?

MARIE-VICTOIRE

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Entre 1950 et 1954, Matisse s’est consacré à la réalisation de la chapelle du Rosaire de Vence. Il y a tout conçu : des vitraux au mobilier en passant par les vêtements liturgiques. Matisse avait une forme (la chasuble de forme gothique) et 6 couleurs imposées* : il a dessiné des maquettes en aplats et superposition pour agencer les couleurs entre elles. Les couleurs sont brodées l’une sur l’autre, elles sont souvent tranchées. Ces chasubles ressemblent à des papillons.



Les chasubles de la chapelle du Rosaire Matisse


Es-tu dans une quête de la couleur ?

MARIE-VICTOIRE

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Je ne sais pas. Je ne crois pas. Elle s’est imposée à moi lors de voyages, par l’observation elle m’a toujours aidé à révéler l’architecture d’un objet. Chaque couleur te donne une énergie. L’objet te mets dans une atmosphère bien spécifique par la couleur. Il existe d’ailleurs de nombreuses thérapies par la couleur et notamment en utilisant de la lumière colorée. La couleur me renvoie à l’invisible et je suis assez persuadée que cet « invisible » joue un grand rôle dans notre être. D’ailleurs les ondes de couleurs sont invisibles : c’est la manière dont elles rencontrent l’objet et la lumière qui les rend visibles, et changeantes sous notre regard.

La couleur me renvoie à l’invisible et je suis assez persuadée que cet « invisible » joue un grand rôle dans notre être. D’ailleurs les ondes de couleurs sont invisibles.






Merci Marie-Victoire pour ce voyage où pays des couleurs et de la lumière !! A très vite sous les toîts de Paris rue Guisarde: prenez rendez-vous ici !!




Propos recueillis par Sophie Ancely, Fondatrice de MyVestiaire



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