Rechercher

Prune Cirelli, Illustratrice parisienne et sister chez Band of Sisters Paris

You can read it in English on LinkedIn here


Prune chez elle devant ses chers livres et ses papillons


« Un bon achat est une rencontre avec un vêtement qui vous ressemble déjà !»@prunecirelli


Lors d’une soirée sur le thème de la couleur organisée par la marque Molli et le formidable réseau féminin d’entrepreneuses Band of Sisters (aka BOSS @band_of_sisters_paris), j’ai rencontré Prune Cirelli. Elle portait ce soir-là une ravissante robe en coton liberty, les cheveux relevés et une jolie paire de sandales en cuir. Cette tenue reflétait parfaitement ce que dégage Prune : une grande douceur, un mélange de fantaisie et de discrétion. Quelques échanges sur Instagram plus tard, rendez-vous est pris pour approfondir le sujet des couleurs qui illuminent le visage et s’immiscer dans le vestiaire de Prune.


Je suis donc accueillie un matin de juillet par son adorable chien Jacob, dans son nid perché au-dessus des toits parisiens : on y retrouve cette joie, cette fantaisie et cette douceur entraperçues la semaine précédente ainsi qu’un sentiment de bien-être et de grâce sans doute véhiculés par le soin et le respect accordés à chaque livre (et ils sont nombreux), à chaque objet : tout est parfait, sans être rigide. On est juste bien.


Prune m’offre un délicieux café italien préparé dans une cafetière Moka ; le café qu’on prend plaisir à attendre pendant que son arôme embaume l’appartement. Elle porte ce jour-là un t-shirt blanc, une jupe midi boutonnée devant dans un tissu qu’elle a dessiné pour la Maison Thévenon, une paire de ballerines Repetto roses brillantes assorties à son ordinateur ! Elle ira ensuite rendre visite à un ami à la campagne et elle souhaite une tenue simple, discrète dans laquelle elle peut évoluer avec aisance en se sentant elle-même. La discrétion c’est un véritable poème chez Prune !




Peux-tu nous raconter ton parcours en quelques mots ?


PRUNE

-

Je suis illustratrice, mariée à Laurent, qui est à moitié Corse, depuis de nombreuses années. Nous avons une fille de 16 ans, un fils de 13 ans et Jacob, notre teckel. Diplômée du studio Berçot, j’ai ensuite travaillé près de 15 ans à Drouot, un milieu qui m’a fascinée par le mystère, le savoir, la magie qui s’en dégagent. Mais après 15 années, j’ai eu envie d’autre chose et j’ai suivi le précepte de Jacques Brel qui me parle particulièrement,


« ce n’est pas le talent qui compte, c’est l’envie », Jacques Brel


Il ajoute aussi le travail. Mais c’est l’envie surtout je crois. Et j’avais envie de faire quelque chose qui vienne de moi et d’inventer la vie qui va avec : je suis devenue illustratrice !








Se réinventer… c’est un process : comment as-tu fait pour entrer dans ces « nouveaux habits » d’illustratrice


PRUNE

-

J’étais très soutenue par Laurent, mon mari, et je suis très déterminée : quand je prends une décision, j’organise tout et j’y vais. Mais je me suis sentie comme un imposteur pendant la période de transition, ne sachant comment me définir. Le déclic s’est fait grâce à une amie (n.b vive les amitiés féminines qui font avancer !),Victoire de Taillac, qui un jour m’a dit


« Prune, si toi tu ne te présentes pas fièrement comme illustratrice, qui pourra le croire ? »


Et là tout s’est enclenché. J’ai proposé à Marie-Hélène de Taillac, créatrice des merveilleux bijoux du même nom en or et pierres semi-précieuses, une série de petits chiens bijoutés, elle a aimé l’idée, et cela a été ma rampe de lancement. J’adore dessiner des animaux, des chiens, des poissons, des oiseaux. J’aime les couleurs, j’aime les matières. Je choisis pour mes aquarelles un papier allemand épais et j’aime travailler des dessins pour de beaux textiles.





Comment s'est construite ta manière de choisir tes vêtements ?


PRUNE

-

Mon père était marchand d’art ; avec mes frères et sœurs (nous sommes 4 enfants), nous avons évolué dans un milieu bourgeois, mais ouvert d’esprit et esthète, où affuter son regard, aiguiser sa curiosité étaient valorisés. Plus tard, au Studio Berçot, j’ai appris à regarder, l’œil en éventail, sans jugement ni idées arrêtées. Je crois que cela a développé chez moi une forme de fantaisie et de curiosité qui me rendent perméable et nourrissent ma créativité.


Ceci dit être créative n’implique pas pour moi d’en être l’objet directe. Je me préfère en spectateur, je n’ai pas besoin d’afficher des couleurs ! Comme si m’effacer me permettait de mieux voir. J’en discutais d’ailleurs avec d’autres amis créateurs qui disaient cela aussi : « se voir neutre permet de discerner les couleurs des autres ». J’aime l’idée d’être toujours la même. Comme Romain Gary qui disait « j’essaie d’avoir la même gueule deux fois de suite ».


Depuis que je travaille seule, chez moi, dans mon monde et dans un univers que j’aime, je porte plus de choses qui m’amusent et notamment mes créations pour la maison Bompard, ou des jupes coupées dans des tissus que j’ai dessinés pour la Maison Thévenon. Mais je les porte de façon anecdotique. Dès que je sors, j’aime la discrétion avec un peu de fantaisie : un jean brut, un pull ras du cou marine ou une chemise d’hommes en chambray de coton, des ballerines et des bijoux colorés. Depuis que je connais Marie-Hélène de Taillac j’aime la profusion et l’opulence dans les bijoux !







Tu es très sportive, quel est ton rapport au corps ?


PRUNE

-

J’aime qu’un sport soit esthétique et une discipline. Qu’il soit exigeant. J’aime l’équitation – mais je ne monte plus - et surtout la danse classique que je pratique plusieurs fois par semaine. J’ai un vrai sens de l’effort et du travail, et je suis sensible à la grâce qui se dégage de ce travail. J’aime qu’il y ait une récompense à l’effort. Le côté éphémère de cette grâce sans doute également : il faut sans cesse travailler, et tous les jours, pour qu’elle demeure. Pour en revenir au vêtement, j’aime ceux qui accompagnent les mouvements. La façon de se tenir, de se mouvoir participent de l’élégance. Je pense même que


ce qui est déterminant dans l’élégance c’est le mouvement, le geste, la façon dont on se place dans l’espace et vis-à-vis des autres.




Justement c’est quoi pour toi une bonne tenue ?


PRUNE

-

C’est une tenue relativement neutre et non sexuée. Je ne suis pas très à l’aise avec l’idée que le vêtement doit être sexy : montrer trop sa peau dans l’objectif de séduire. Encore une fois la séduction est davantage pour moi une idée d’ensemble : celle de l’esprit autant - voire plus importante - que celle du physique. J’aime bien mes jambes (et mes mains !) et il m’arrive de porter des jupes courtes maisce n’est pas dans l’idée de séduire, c’est surtout pour me faire plaisir à moi.


La façon dont je suis moi, c’est la façon dont je suis moi et peu importe !

Il me reste une sensation récurrente liée à l’enfance et à l’adolescence : j’ai constamment l’impression d’être Timothée dans « Timothée va à l’école » de Rosemary Wells. Il s’agit d’un adorable livre pour enfants où le héros, Timothée donc, est constamment habillé à contre-courant ! Il n’a pas la même tenue que les autres et il pense que c’est un problème mais il finit par comprendre qu’il n’est pas seul et que finalement c’est bien. J’ai le syndrome de Timothée : je me sens souvent " à côté " mais cela s’arrange en vieillissant : décider que la façon dont je suis moi, c’est la façon dont je suis moi et peu importe !


Pour éviter ce syndrome, j’ai 2 solutions : le pull bleu marine ou la chemise en chambray ou en jean, rentrée dans une jupe ou un pantalon. Rien n’est mieux qu’une chemise d’hommes.




Qu’est-ce qui t’inspire ?


PRUNE

-

Je n’ai pas de muse en particulier mais je suis très influencée par l’idée que je me fais d’une époque disparue. Je suis rarement dans le présent : je suis soit dans une nostalgie soit dans un projet. Le passé comme le futur m’inspirent, les projets sont un moteur comme bien sûr tous les tableaux et objets d'art que j’ai vus, le souvenir d’un parfum, les livres que j’ai lus !


Je suis une contemplative. Je marche beaucoup et je regarde tout : des détails ou des choix chics et complètement variés, n’importe où, ne serait-ce qu’en prenant le métro, m’inspirent. Je suis parfois touchée par la grâce de certains détails inattendus. Cela peut être la façon de replier un poignet de pull, une couleur, une mèche de cheveux : ils participent d’une élégance spontanée que l’on entrevoit par accident sur quelqu’un.


J’aime la grâce de certains détails inattendus : une façon de replier un poignet, de relever une mèche de cheveux. Ils participent d’une élégance spontanée que l’on entrevoit par accident sur quelqu’un.


Pour m’habiller je ne suis pas très influençable mais je suis sensible aux commentaires positifs. Par exemple dans la remarque « cette tenue ne te met pas en valeur car elle ne montre pas tes jolies jambes ! », je vais retenir que j’ai de jolies jambes mais je vais quand même porter la tenue !





Tu es bretonne et napolitaine de cœur, comment vois-tu la parisienne ?

PRUNE

-

Je pars en vacances à St Malo et nous allons chaque été à Naples, notre « home away from home », maisje suis parisienne avant tout ! Et je vois la Parisienne avec un grand « P » comme une femme pétillante, poétique, rapide, élégante et discrète.